A travers mon regard… Vivre et accepter le deuil (Partie 2)

Tôt dans la nuit du 29 juin 2013, mon rêve, que j’avais mis des années à construire et à réaliser, s’envolait, emportant avec lui mon meilleur ami.

Je me souviens bien mon désarroi que je ressentais une fois la journée de travail terminée, car j’avais l’habitude de passer voir Quiet tous les jours. Mon train train quotidien depuis 5 ans était complètement perturbé, j’étais perdue de rentrer à la maison à 19h00, de tomber sur « Le juste prix » ou toute autre émission que je n’avais plus l’habitude de voir depuis de nombreuses années. J’avais envie de manger [normalement, mon bide était tellement creux au passage de la porte de l’appart que rentrer était synonyme de manger !] mais il était toujours trop tôt ! J’ai essayé de combler le manque par du jogging, et je me suis achetée de belles baskets de running [elles sont encore bien blanches…] Laisse tomber. Mes parents m’ont incitée à prendre des vacances : ils ont bien fait, c’était les premières vacances où j’étais sereine depuis que j’avais Quiet. Et oui, pas d’inquiétude à avoir puisque le pire était déjà arrivé. Je ne vous compte pas les litres de larmes qui ont quand même coulé sur mes joues, les yeux vers l’horizon des montagnes corses.

Complètement fâchée

Je n’ai pas tenu longtemps avant de me mettre en quête d’un nouveau compagnon équin, pour combler ce manque et sécher mes larmes. Si j’ai trouvé vite « mon bonheur », cela n’a pas du tout été simple. Quand je vous dis que le deuil de son cheval est un véritable travail, enfin en tout cas pour moi. J’ai bien mis presque 3 ans pour ne plus avoir ce couteau en plein cœur à l’énonciation de son nom [et ce, même – et surtout – par ma petite voix intérieure], à la vision fugace de sa silhouette dans mon cerveau, ou lorsque mes pensées s’emballait sur les routes de campagne me disant que j’aimerai parcourir ces chemins sur son dos… Ces 3 premières années avec Voïda n’ont pas été faciles puisque j’étais complètement fâchée. Heureuse de l’avoir, mais fâchée d’avoir dû l’avoir, fâchée de tout recommencer, fâchée de devoir aimer de nouveau. J’ai encore pleuré de nombreuses fois, parce que je n’arrivais pas à lui prendre les pieds ou soigner un bobo, ou encore parce qu’elle ne m’emmenait pas en balade et parce que je n’arrivais pas à me débarrasser de cette boule au ventre dès que je montais dessus. Je me trouvais tellement ridicule. Je me disais que plus jamais je n’arriverai à remonter à cheval comme avant, c’était fichu.

Vivre avec cette douleur tenace

Bientôt, cela va faire 4 ans que j’ai perdu Quiet. Et c’est seulement depuis un peu plus d’un an – depuis le 1er stage avec Marie Madec en fait – que j’avance réellement sereinement avec Voïda. Non pas que je ne l’ai pas aimée rapidement [il aura fallu seulement quelques semaines – jours ?! – pour que je m’attache à elle, quelques mois pour se comprendre à pieds] mais à cheval cela fut beaucoup plus dur de se faire confiance et de s’abandonner. Aujourd’hui, je me sens libérée, même si à l’approche de la date fatidique je suis toujours irritable et envahie de souvenirs que j’aimerai ne plus avoir au moment de me coucher. Je ne me leurre pas, je ne peux pas aller plus loin, je ne peux pas aller mieux que ça, je ne pourrai jamais enlever de ma mémoire ces instants horribles pour mon cœur. Il y a quelques jours, je me suis réveillée avec l’annonce à la radio d’un attentat qui faisait 22 victimes, en majeure partie des enfants et ado. Je ne peux m’empêcher de me dire que les survivants devront comme moi vivre avec cet instant encore plus horrible en eux [si ma situation est horrible à mon échelle, je suis consciente qu’à l’échelle humaine, je n’ai quand même perdu qu’un animal]. Chaque situation semblable au niveau sentimental me ramène à cette douleur intense et tenace.

Savoir regarder en arrière, mais pas trop

Cependant, aujourd’hui, je sais regarder en arrière et m’arrêter à ma vie aux côtés de Voïda, même si je parle toujours de Quiet, que je compare souvent ces deux histoires, je sais maintenant évaluer les qualités de Voïda et ce qu’elle m’apporte chaque jour. Je la trouve belle, je l’admire, et je sais lui dire que je l’aime aussi, sans culpabiliser. Je sais voir ce que nous avons accompli, voir d’où nous sommes parties [et ouhlala de loin !!] et où nous sommes arrivées, en être fière et ravie, même si nous ne faisons que la moitié que ce que d’autres peuvent faire, ma victoire c’est d’arriver à de nouveau me faire plaisir à cheval, marcher en tête à tête dans la forêt, sur son dos ou en liberté. Je me réjouis de ce qu’elle sait mieux faire que Quiet, parce que ce que j’ai appris avec lui je l’ai refait avec elle, mille fois mieux !

Toujours voir le positif

La morale que je tire de cette épreuve est à la fois bonne et mauvaise. Forcément. Le bon côté c’est que je me stresse un peu moins [« ah bon ? » dirons les copines ; mais moi je sais que je suis plus lâche avec mon cordon ombilical !], je n’ai pas réussi à éviter le pire à Quiet alors que j’étais là, que je suis venue le voir la veille, que je l’ai laissé au box en ayant vérifié que tout allait bien crottin-pipi-ration avalée… Alors de toute façon, que je sois là ou en vacances à des kilomètres, si le destin a décidé un truc on y pourra rien, donc je dois vivre aussi pour moi [Mais, destin si tu m’entends, évitons hein, merci !] Je relativise aussi des petits bobos : tant que le pronostic vital n’est pas engagé, ce n’est pas dramatique [mais là encore, destin, merci d’éviter de m’apporter quelque merde que ce soit, je veux continuer à monter ma Vo !].

Et… non, je ne parlerai pas du mauvais côté, car gardons seulement le positif en tête !

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