« Et se satisfaire du nécessaire », disait Baloo. Il semblerait qu’Elaine Wagner lise dans mes pensées car elle a posté il y a peu sur Facebook un écrit qui nous incite à retenir les choses positives de sa journée pour éviter de rester sur du négatif. Dans mes notes pour le blog, une feuille volante traine depuis plusieurs semaines, griffonnée bien avant ce poste à la suite de ma dernière balade en solo avec Voïda. Mes notes s’intitulent « Se féliciter de ses progrès ».
En effet, pourquoi voyons-nous trop souvent le mauvais côté de l’équitation ? Ce sont plutôt nos pires séances que l’on retient plutôt que celles qui se passent bien. Ce que l’on retient, ce sont les « podiums » ou les sans fautes, mais pourquoi ne pas aussi être satisfait non pas d’un moment en particulier mais plutôt ce que l’on a parcouru ? Même s’il y a des hauts et des bas – le principe même d’une passion avec un autre être vivant – ce n’est pas pour autant que notre courbe n’est pas ascensionnelle. Avec Voïda j’ai eu beaucoup de mal au début [le début a même duré plusieurs mois, voire années], à croire que je ne savais plus monter à cheval tellement j’avais peur, penchée en avant comme une bouée en phase avec les vagues, et incapable de partir en balade… Je n’ai jamais autant fait de « à pieds » qu’avec elle, non pas que cela me passionnait mas je ne pouvais pas faire autre chose… Aujourd’hui nous partons seules en balade, je monte sereine en carrière et j’ai même appris à adorer le travail à pieds !
Savoir lâcher prise et s’encourager

Mais tout cela, ce ne fut pas simple, non pas parce que Voïda est un cheval problématique bien au contraire, mais pas simple psychologiquement. Ce n’est pas parce que l’on a un cheval « facile » que tout est facile justement. Quand on entend « mais ton cheval est génial, il n’a peur de rien et fait tout ! » et que nous, on y arrive pas, c’est juste encore plus frustrant… Mais pourquoi au lieu de se frustrer, on n’apprendrait donc pas plutôt à se lancer un peu plus de fleurs ? En dehors de mon aventure équestre, j’ai décidé d’apprendre aussi à lâcher prise, à prendre les jours avec et les jours sans, à ne pas m’énerver si quelque chose va de travers. C’est pourquoi je m’efforce [et cela devient de plus en plus naturel] souvent à me satisfaire de ce que j’ai acquis, à m’auto-féliciter de ce travail accompli, à féliciter Voïda ouvertement. Si notre chef, notre conjoint ou nos parents ne nous disent jamais « merci » ou « c’est bien ce que tu as fait, bravo », pourquoi continuer ? Sans vouloir sans cesse des fleurs, la gratitude est quelque chose d’important. Regardez quand on est avec un enfant qui apprend, ou un chiot : on est sans cesse en train de dire « bravoooooo » [à bien dire avec un air ahuri surtout !]. Ce « bravo », c’est ce qui encourage à recommencer. Alors pourquoi ne pas en faire de même avec son cheval et surtout avec soi-même ? Il n’y a pas que notre coach qui a le droit de nous dire que c’est bien. A nous aussi de nous brosser dans le sens du poil !
Regarder en arrière pour contempler ce que l’on a accompli
Face aux difficultés et surtout aux frustrations qu’elles engendraient, j’ai appris à me mettre des objectifs réalistes, ridicules souvent aux yeux des autres mais pas aux nôtres. Alors je partais en balade en faisant le début à pieds puis je montais sans aller trop loin et je faisais le retour à cheval puisque dans ce sens là, ça marchait bien. Ainsi je savais que je n’aurai pas besoin de me fâcher et que je ne serai pas frustrée : Voïda ressentirait sûrement mon bien-être sur son dos, cela l’encouragerait peut-être à essayer de l’entretenir… J’ai repéré des montoirs [1m71 quand même !], dès le début j’ai appris l’immobilité en extérieur et donc je n’avais aucune difficulté à me dire que je pourrai remonter si j’avais besoin de descendre. S’il le fallait pour notre bien, je le ferai, quitte quand même parfois à parcourir plusieurs mètres à pieds. Je me gratifiais donc de ces moments de réussite, et à notre rythme, quand je le sentais (météo au top, pas de vent, pas de bruits, pas de choses négatives en tête, pas pressée) je me fixais un objectif légèrement plus haut, mais pas trop – pour être sûre de réussir et surtout, un seul objectif : ne pas être frustrée ou fâchée ! Il faut savoir avancer plus lentement parfois, plus lentement par rapport à d’habitude ou plus lentement par rapport aux autres.

Donc la plupart du temps, mon « émerveillement » [oui carrément !!] se met en branle pendant une balade en solitaire ou lorsque je marche rênes longues en carrière. Des trucs franchement tous cons hein me direz-vous, mais comme je suis souvent rentrée chez moi dépitée parce que je n’avais pas réussi à partir en balade comme prévu, que j’avais passé 25 minutes à faire 10 mètres, pour au final devoir descendre, rageuse, je me réjouis chaque fois que je suis sereine et que Voïda m’offre une balade où je ne m’arrête pas tous les mètres, où elle fait preuve de courage, parce que je sais que c’est dur pour elle par exemple d’être devant un autre cheval. Dernièrement, je nous ai donc félicité d’avoir croisé sereinement des voitures en marche dans un endroit très exigu, d’être passée devant un oiseau piailleur invisible dans un champ d’épis de blé qui bougent avec le vent ou d’avoir fait plus de 2m devant ma collègue de balade et même trotté en tête, chose impossible jusqu’ici.
Ne pas lui mettre la pression, ne pas se mettre la pression
Quand on se heurte à une situation décevante, il faut du recul pour se dire que l’on est pas nul, que le cheval n’est pas nul, que c’est juste parce que là, on ne sait pas se comprendre, que des choses brouillent nos deux esprits et loupent la connexion. Mais ce n’est pas parce qu’on loupe une fois ou deux la connexion que tout est foiré. Dans ce cas, on laisse, on se concentre sur des choses que l’on connaît, qui sont faciles et que l’on réussit, tout se disant que pour le reste il faudra prendre plus de temps, ou peut-être être aidé.
S’il y a une chose que je dois retenir de ce que j’apprends lors des stages avec Elaine Wagner, c’est bien que nous avons un énorme rôle à jouer dans l’apprentissage et surtout la réponse que nous attendons du cheval. Tant que nous ne serons pas serein, juste et précis, et surtout « sur terre » (c’est-à-dire ne pas se poser 10 000 questions pendant, se dire qu’on y arrivera pas ou de réfléchir à l’après), nous ne pourrons sûrement pas obtenir ce que l’on souhaite. Parfois il propose mal, parfois bien mais pas top et à nous de l’inciter à continuer ou à proposer autre chose, tout en restant bienveillant et patient. On y arrive pas aujourd’hui ? Pas grave, on réessayera demain ou un autre jour. En prenant bien souvent sur nous et sans leur mettre une pression d’enfer, on progresse beaucoup mieux. L’autre jour pendant mon stage, Elaine m’a d’ailleurs dit pendant que je longeais « penses à baisser les yeux parfois, pour soulager la pression que tu lui mets ». On l’oublie, mais notre regard rivé sur notre cheval, scrutant ses moindres gestes, est une pression. Le fait aussi de l’empêcher de faire quelque chose, ou de toujours lui demander quelque chose, avec notre corps ou nos claquements de langue. On oublie trop souvent de le féliciter avec notre langage corporel et nos pensées sereines, de le laisser souffler, et ce même sans qu’il nous ait donné quoi que ce soit de spécifique, apprécier les moindres petites satisfactions. A l’inverse, il est inutile de se mettre la pression : rien n’est aussi bien appris que quelque chose qui vient naturellement, petit à petit. Le bachotage n’a jamais prouvé ses qualités pour entériner un savoir. Prendre son temps et décomposer l’apprentissage, même sur des choses simple, est la clé non seulement de la réussite mais aussi du bien-être et de la satisfaction.
Alors pourquoi pas parfois s’autoriser à revoir nos objectifs à la baisse, à profiter juste de ce que l’on sait fait sans forcément tout de suite vouloir en apprendre plus, se satisfaire des choses qui se passent bien, pour prendre le temps d’instaurer une relation bienveillante, faite d’échange, sans être forcément dans l’attente de quelque chose. Ces pauses permettent très certainement de mieux accueillir ensuite les progrès. Et chose primordiale, toujours s’efforcer de finir sa séance ou sa journée sur une note positive.
