Soigner les chevaux atteints d’ulcère avec la pulpe d’aloe vera

En 2014, à peine 6 mois après son arrivée, Voïda me fait une crise de colique avec déplacement du colon. A la clinique, on me dit que 90 % des déplacements du colon sont dus aux ulcères…

Les ulcères gastriques sont de plus en plus courants chez les chevaux, du fait en effet d’une vie principalement au box, mais pas que. L’alimentation ainsi que le tempérament du cheval lui-même (stressé, inquiet, anxieux…) sont des causes à prendre en compte. Je vous conseille la page Classequine, super bien faite sur le sujet, mais de nombreux autres sites en parlent aussi.

Des signes avant-coureurs

Pour ce qui concerne Voïda, il s’agit d’un mélange de tout. A la fois le changement de vie, changement de nourriture avec intégration de céréales aplaties, mais aussi une jument de nature anxieuse, véritable éponge de sentiments, avec une propriétaire tout aussi anxieuse !! Quelques semaines avant sa colique, j’avais remarqué que Voïda triait l’orge aplatie de ses granulés. Je commençais donc à douter… Elle tiquait à l’ours quasiment toute la journée depuis son arrivée, hormis lorsqu’il y avait peu de monde dans la cour (donc rarement), alertée par tous les bruits, elle ne mangeait jamais sereinement car la mangeoire et le foin étaient dans le coin opposé de l’ouverture et le box était principalement fermé. Je me disais qu’il fallait qu’elle s’habitue à sa nouvelle vie, elle passait d’un endroit avec une personne pour elle tout seule, d’une vie principalement au pré et chouchoutée toute la journée. Mon premier cheval, Quiet, était dans ce box et y était très bien, un box en pierre à l’abri du froid en hiver et du chaud en été, du vent, de la pluie puisqu’il était plutôt fermé et avec un toit. La place idéale ! Mais pas pour Voïda, qui se sauvait dès qu’on laissait la porte un peu ouverte vers une autre partie de l’écurie, constituée de box en barn, beaucoup plus ouverts. Je ne compris qu’après qu’elle me montrait qu’elle n’y était pas bien et où elle préférait aller… Bien évidemment, j’avais fait venir l’ostéo pour un check-up et elle m’avait confirmé des maux de ventre : on avait débuté la farine d’épeautre dans la ration depuis quelques jours. Cependant, si Voïda se montrait dérangée au pansage sur le ventre, elle ne montrait pas spécialement de signes de baillements caractéristiques des chevaux atteints d’ulcères.

Rebelotte, colique et clinique…

Bref, un jour de mars, à peine 6 mois après son arrivée et moins d’un an après la colique de Quiet, elle me fait une colique. Punaise, ma bonne étoile s’est barrée aux Bahamas ou quoi ??! La véto arrive, elle a du mal à rattraper car il est bien sûr allé du côté le plus compliqué… Comme je suis assurée [et oui ! important l’assurance, je vous en toucherai deux – ou bien plus – mots plus tard] on décide de l’emmener direct en clinique [un dimanche soir, sinon c’est pas drôle]. Heureusement, les copines sont toujours dispo pour aider et nous voici rapidement en route. Arrivées sur place, l’équipe l’attend et elle est prise en charge de suite. Les premiers examens montrent que son colon s’est finalement remis pendant le transport [OUF !], son état est anxieux mais le risque vital est a priori levé. Elle reste à la clinique pour quelques jours. C’est le lendemain que l’équipe m’appelle pour me donner des bonnes nouvelles et m’expliquer que ce type de colique est dans la grande majorité des cas due à des ulcères gastriques. [des QUOI ?! je ne connaissais pas vraiment à ce moment là] Il m’est conseillé de faire une gastroscopie pour vérifier et si jamais entamer des soins appropriés.

Le verdict et le traitement

La gastroscopie est réalisée dans les 2 jours qui ont suivis et montre en effet que les muqueuses sont bien atteintes : les ulcères ne sont pas si nombreux, mais ils sont déjà bien marqués puisqu’ils sont aux stades 2 et 3 sur une échelle de 4 grades. Ces grades évaluent l’état d’atteinte de la muqueuse (à 4, la muqueuse est donc vraiment perforée et juste avant, elle n’est pas vraiment en super forme…). La gastroscopie de Voïda montre en plus que ces ulcères sont pour la plupart situés au niveau du pylore, partie finale de l’estomac qui est la jonction avec le petit intestin, et donc l’endroit où ils sont le plus douloureux ! Elle présente aussi une hyperkératose (un épaississement de la paroi).

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Bon. Quand je récupère ma jument, la véto m’explique donc tout ça tout ça, c’est pas cata mais c’est pas génial quand même. Elle me préconise le traitement choc phare, le fameux et tristement célèbre Gastrogard. Sauf que mon porte monnaie est déjà bien atteint, et même si l’assurance prend en charge, je préfère tenter d’abord une solution naturelle qui m’a été conseillée par une amie dont le poulain souffrait déjà d’ulcères, la pulpe d’aloe vera. [Je ne vous décris pas la tête de la véto quand je lui ai dit non… je vais plutôt faire une cure d’aloe vera !]

On rentre à la maison, et ma véto habituelle me dit qu’elle est d’accord, que ça ne peut pas faire de mal et que si ça fait du bien, tant mieux. Cependant, la véto de la clinique m’a aussi confirmé que les céréales étaient à supprimer, ainsi que le foin enrubanné. De plus, à la description de son attitude au box et le fait qu’elle semble plus sereine dans le barn, je demande s’il est possible d’avoir un box là, plus ouvert. Dès son retour de la clinique, on commence a réadapter l’estomac avec d’abord du son tout en débutant la cure d’attaque à la pulpe d’aloe vera.

Mon programme est donc 150ml/jour de pulpe d’aloe vera Forever Living Products pendant 26 jours [26 c’est juste parce que ça faisait 4 bouteilles pile et pas entamer une autre 😉] en 2 fois. Pour être efficace, l’aloe vera doit se donner à distance des repas : il va créer à la fois un pansement sur la muqueuse et avoir une action de cicatrisation sur les ulcères. Si on le mélange à la nourriture ou si on nourrit juste après, tout se mélange et la pulpe d’aloe vera ne peut pas faire son effet cicatrisant. Il faut donc compter 30 min minimum avant de donner à manger. Au départ, il est important de donner à manger 30 min après pile pour profiter de la protection de la muqueuse à l’arrivée des granulés dans l’estomac. Mais par la suite, on peut espacer beaucoup plus et donner avant de monter par exemple.

L’aloe est associé à un nouvel aliment très fibré (c’est-à-dire plus sous forme de foin que de granulés) sans mélasse, pauvre en sucre et en amidon de la gamme Pure Feed et du foin sec en grande quantité. A la fin du mois d’avril, Voïda commence la transition pour la mise à l’herbe pour l’été. Elle se plaît dans son nouveau box et tique beaucoup moins.

Bien entendu, pour évaluer la guérison il est important de faire une seconde gastroscopie. Le 26 mai, soit 2 mois après la colique, nous retournons à la clinique. La gastroscopie de contrôle est très favorable et la véto n’en revient pas dès résultats obtenus sans Gastrogard ! [Note : je tiens à expliquer que les bons résultats de l’aloe sont aussi associé au fait que j’ai supprimé les causes d’ulcères, à savoir dans la nourriture mais aussi dans le quotidien de Voïda. Si on ne supprime pas les causes, la pulpe d’aloe vera ne pourra résoudre le problème puisqu’il reviendra sans cesse. Il est donc important de bien prendre en compte ce paramètre lors du traitement. Mais il en est de même avec le Gastrogard. Si vous n’avez pas d’amélioration avec le traitement, vérifiez que vous avez supprimé les éléments en cause] Le compte rendu indique « bonne évolution. Guérison des ulcères du pylore et de la petite courbure. Disparition de l’hyperkératose. Persiste une petite inflammation du pylore et quelques petits ulcères de grade 1 à la jonction des zones glandulaire/non glandulaire ».

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Le protocole de suivi… à vie

Alors évidemment, quand on a un cheval à risque ulcéreux, le traitement se poursuit à vie. Depuis 2014 je n’ai donc pas changé ma routine et elle a un régime strict. La nourriture est toujours celle de Pure Feed, mais avec la version moins calorique une fois que nous avions repris le poids de forme, du foin sec exclusivement [dès que Voïda a du foin enrubanné, je le repère immédiatement : elle râle au pansage, baille, mords sa longe et tique de nouveau] et en grande quantité, pas de pommes, pas de bonbons industriels avec mélasse ou céréales, pas de pain. Je continue de lui donner de la pulpe d’aloe vera toute l’année, à raison de 50-60ml à 120 ml/jour (60 lorsqu’elle est bien, 120 en période transition de saison par exemple) et des graines de lin. Elle a de nouveau changé de box depuis quelques années [mais pas pour la même raison, juste parce qu’elle a cassé un mur…] Le box de transition ne lui a d’ailleurs pas vraiment convenu car il reprenait le même principe que le précédent. J’ai pu avoir un autre box quelques mois après : un grand box ouvert sur tout le devant, mangeoire avec vue (même si elle mange par terre en fait) et foin avec vue.

Elle n’est pas le nez dans la cour donc abritée des allées et venues et des bruits, mais voit ce qu’il se passe et donc se rassure facilement si jamais. Ses séquences de tic à l’ours se font à ce jour beaucoup beaucoup plus rares, elle arrive à s’occuper dans son box ou à se reposer, même avec de l’activité devant elle. Et si je laisse la porte ouverte le temps de poser son licol, elle ne prend pas la poudre d’escampette 😉

Je n’ai jamais refait de nouvelle gastroscopie, d’une part parce que c’est évidemment assez cher et pas pris en charge hors nouveau sinistre assurance, et d’autre part parce que la véto estime que par son état et mon ressenti, les ulcères, s’il y en a [je pense que oui quand même…], sont à un stade très tolérable. Lorsque je trouve que Voïda est plus sensible au pansage au niveau du ventre, mords plus sa longe ou baille, j’augmente simplement les doses.

Avant (2014)

Après (2019)

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