Soins : coups de soleil et photosensibilisation chez le cheval

Et oui ! comme les humains, les chevaux peuvent aussi subir des coups de soleil (ou de la photosensibilisation). Comment les reconnaître, comme les soigner, comment les prévenir ? Je vous donne mes astuces, parce que 4 belles balzanes, c’est aussi 4 fois plus de coups de soleil !

Je ne pensais pas m’embarquer dans une pareille galère quand j’ai choisi Voïda et ses 4 jolies soquettes… Je me disais que si Quiet prenait des coups de soleil sur les paturons blancs, c’était parce qu’il allait mettre les pieds dans l’eau pour boire. J’ai pas eu l’idée que même sans eau, ça crame !

Je pense que je n’ai eu aucun répit et que dès le premier été, en 2014, j’ai été confrontée à ce problème de coup de soleil, qui peut faire sourire mais qui n’est surtout pas à prendre à la légère ! En effet, si au début je croyais être la seule à devoir badigeonner mon cheval comme un gosse, je crois qu’on est bien nombreux aujourd’hui à dépenser une petite fortune en crème solaire. Je vous partage donc ma propre expérience – je précise que je ne suis pas véto, mais j’apprends avec eux au fil des aventures et je questionne beaucoup, quand bien même ce n’est qu’un petit truc je prends conseil et je m’intéresse aux cas des autres – ainsi que celles d’autres personnes. Avec ce type d’atteintes il faut tester les remèdes mais la règle d’or est l’assiduité (soins quotidiens pour éradiquer les croûtes), la patience car c’est long à soigner, et la précaution.

Quelles sont les zones à risque et comment reconnaître un coup de soleil chez le cheval ?

Les peaux à risques sont les peaux très roses, souvent sous des poils blancs ou à nu. Les zones à risques sont donc le bout du nez s’il est rose, la fin d’une liste en-tête lorsqu’elle rejoint le nez, les grandes balzanes blanches et les plis des paturons (juste au dessus des glomes) blancs, mais aussi tout le corps chez les chevaux paint ou pinto. Pour ces derniers, vous vous en doutez, inutile d’envisager la crème solaire comme préventif, passez direct sur les chemises d’été anti-UV et mieux encore, le box la journée et la sortie la nuit.

Un coup de soleil sur les membres ressemble en fait à de la gale de boue l’hiver. Du fait des poils, ce n’est pas comme chez l’humain : la peau ne devient pas rouge écrevisse, mais des petites croûtes se forment discrètement entre les poils, vous pouvez aussi parfois apercevoir un gonflement (réaction oedemateuse due à l’atteinte des tissus superficielle, comme en cas de blessure ou de coup) souvent très léger lorsque ce n’est que le début de l’atteinte, puis ça devient un « poteau » lorsque la peau commence sérieusement à être grignotée. Les premiers signes sont vraiment toujours très discrets, c’est pour cela que l’on se fait vite envahir. Passez vos doigts, si vous sentez des irrégularités sous le poil ou comme des débuts de crevasses, bingo !

A un stade plus avancé, ces croûtes et crevasses se transforment en véritables plaies [au sens propre comme au figuré], avec une apparence craquelée comme un « sol de désert ». Sur le bout du nez, cela se voit plus vite puisque les poils sont absents : la peau prend une tournure orangée, sèche et forme des crevasses. Ces lésions peuvent être extrêmement douloureuses pour le cheval, qui peut réagir en boitant au travail (la peau tire, comme nos lèvres gercées) ou râler plus ou moins fort lorsque l’on veut toucher.

Ce type d’atteintes est donc généré par une simple exposition au soleil, dont les ravages peuvent être accentués par l’eau (lorsque le cheval va dans une rivière pour boire et ressort mouillé, ou même après la douche) ou par l’ingestion de plantes photosensibilisantes, comme le trèfle. Le soleil d’été n’est pas forcément plus nocif que celui du printemps, au contraire : les risques sont tout autant présents lorsqu’il y a de la rosée et à la sortie de l’hiver [ah le super soleil d’avril qu’on attend avec impatience après la grisaille !].

Le risque number one c’est de ne pas prêter attention aux premiers signes, après ça va très très vite à proliférer !

Comment se débarrasser des atteintes sur les membres liées aux coups de soleil chez le cheval ?

ATTENTION, ces étapes sont spécifiquement pour les MEMBRES [n’allez pas savonner le nez ou mettre n’importe quoi proche la bouche !], pour le nez une bonne couche de crème soignante Dermosoft ou Cicamer pendant plusieurs jours font de très bon résultats sans risque sur la région, puis application de crème solaire dès que la peau redevient normale.

Ceux qui ont déjà vécu le problème peuvent en témoigner : c’est une vraie GALÈRE ! Alors vraiment, conseil de vous à moi, ne prenez pas cela à la légère si vous avez un cheval avec des zones à risques. Tout d’abord, en cas de lésions suspectes ou si elles sont déjà malheureusement apparues, il faut assainir la région sans pour autant l’attaquer encore plus (la peau rose est déjà fragile, la peau rose avec réaction photosensible l’est encore plus). Il est possible de donner un anti-oedemateux (ex. Oedex) pour aider le gonflement à disparaître plus rapidement (ne pas utiliser d’argile).

Etape 1 : Je nettoie avec du savon doux antiseptique Cytéal ou Septivon)

Je mouille les membres et prends une belle noix de produit [il faut être assez généreux pour de l’efficacité !], je savonne en prenant soin de bien faire mousser avant de laisser poser la mousse 20 min. C’est en effet la mousse qui est le principe actif et il faut laisser agir (sur ça, on se fait tous avoir au début en ne faisant que savonner !). Ne surtout pas utiliser de Betadine savon : c’est un puissant désinfectant, très utile en cas de plaie avec risque d’infection (corps étranger, saignement, etc.) mais qui dans ce cas là va plutôt irriter la peau et l’assécher que l’aider à retrouver ses capacités. En savonnant, si les croûtes partent c’est tant mieux, sinon ne pas les arracher. Bien rincer. Certains utilisent de l’eau chaude, ce qui a l’avantage de ramollir les croûtes. J’ai toujours utilisé uniquement la douche à eau froide et cela a toujours bien marché [mais je n’avais jamais de très grosses croûtes]. Dans le cas d’une grosse atteinte, je nettoyais tous les jours pour assainir et bien enlever le sable, les restes de crèmes.

Une fois la guérison bien entamée, il faut éviter de mouiller et laver trop souvent : espacer de deux jours est bien et plus encore au fur et à mesure. Il suffira de passer un chiffon pour nettoyer les saletés avant l’application des crèmes.

Etape 2 : Je sèche correctement chaque membre et chaque zone

Attention, les lésions sont hyper « contagieuses », il faut absolument prendre le soin de sécher les zones atteintes, même minimes avec un linge différent. L’essuie-tout est une bonne alternative mais personnellement je ne trouve pas cela très efficace pour bien sécher et surtout pas très écolo du tout vu la dose à utiliser. J’ai récupéré plein de serviettes trop vieilles et moches pour leurs propriétaires [ce qui ne veut pas dire en mauvais état, merci les grands-parents maniaques !] qui font donc très bien le job ! j’ai des petites et moyennes et sinon je les coupent en deux, c’est plus pratique. Et par exemple pour sécher 12 zones différentes au maximum (4×2 côtés de membres/boulets, 4 paturons) je prends chaque coin de la serviette recto verso (dans le cas de 12 zones, sauf si la serviette est grande, j’en utilise en général deux) pour une zone, et le milieu en délimitant pour le reste.

Je prends bien ma serviette dans la main, en la pliant parfois pour garder uniquement l’endroit propre utilisable pour la zone. Le principe est simplement de ne pas réutiliser le même endroit sur une autre zone, infectée ou non, sinon vous risquez de favoriser l’étendue des infections et bactéries. Une zone infectée peut être en phase de guérison et en utilisant le même linge on risque de réactiver. L’hiver aussi je m’astreins à cette technique dès que je douche, même si ma jument n’est pas vraiment sujet à la gale de boue. Je m’en passe uniquement lorsque je sais mes 4 pieds sains, ou que je n’ai qu’une micro zone touchée bien identifiable. Comme pour le lavage, il est important de bien sécher mais ne pas arracher les croûtes volontairement. Si elles partent, c’est bien. Si le cheval est très douloureux quand vous touchez, tapoter doucement pour sécher au maximum, mais ne frotter pas. Si les croutes sont disparues ou pas présentes, il faut frotter énergiquement pour bien sécher les poils. Bien entendu, il faut éviter d’utiliser la même brosse pour nettoyer les membres au pansage.

Etape 3 : J’applique les produits de soins

Pour cette étape, tout va dépendre de l’étendue : si la zone est clairement très moche, le membre en poteau énorme, il va être nécessaire de faire appel au vétérinaire pour avoir des produits spécifiques éventuellement sur ordonnance car il en existe beaucoup. Comme j’ai eu les indications vétos dès le début et que ça a bien marché pour Voïda, je continue avec ce protocole. Je vous indique ceux que j’ai utilisé et que j’utilise avec succès [le succès ne réside par forcément uniquement dans le produit mais surtout dans l’assiduité et le suivi scrupuleux des protocoles de précautions, souvent quand ça ne marche pas c’est parce que le soigneur fait cela en dilettante 😉 ]

Une fois la zone irritée bien séchée, j’ai plusieurs produits que je pourrai utiliser suivant des « stades » :

si la zone est très très légèrement atteinte, croûtes minimes au toucher, pas ou peu visibles à l’œil nu, je mets simplement une crème cicatrisante, hydratante et protectrice la crème à base d’aloe vera et de propolis de Forever Living Product si la jument va au box ou si le soleil n’est pas trop important, soit du Dermosoft à base de plantes et de zinc, plus épais et donc plus protecteur. Les deux en couches plutôt épaisses.

si la zone présente des petites croûtes, qui disparaissent en général au lavage et sans oedeme, j’applique du Dakin (antiseptique local liquide) à l’aide d’une compresse. Je couvre ensuite avec la crème à l’aloe vera propolis ou le Dermosoft.

si la zone présente des croûtes modérées à plus importantes avec œdème mais toujours localisées (pas d’étendue sur tout le pied par exemple), j’applique du Predniderm (crème pour les affections cutanées contenant un antibiotique et un anti-inflammatoire) avec des gants en massant un peu. Il faut là encore privilégier de changer de doigt qui applique à chaque zone infectée. Je protège avec de la crème à base d’aloe vera ou du Dermosoft. Parfois j’utilise aussi le Predniderm dès qu’une petite lésion apparaît, comme ça je suis sûre de l’éradiquer rapidement.

Par contre, si la zone présente d’énormes croutes sur tout le pied et une grosse infection (je n’ai jamais eu le cas heureusement), il convient de faire appel au vétérinaire qui prescrira des crèmes plus fortes type Mastijet ou Sulmidol et notamment une crème épaisse avec antibio afin de ramollir les croûtes, car le Predniderm est un peu trop liquide pour ce genre de lésion. Le cheval sera plutôt placé au box en cas d’ensoleillement et la zone éventuellement protégée par une « chaussette » (les véto fournissent une bande élastique à enfiler).

Comment prévenir les atteintes liées aux coups de soleil chez le cheval ?

Effectivement, pour éviter cette galère de soin, il faut anticiper, plutôt prévenir que guérir. La prévention est simple, pas trop coûteuse non plus mais contraignante car elle doit être faite régulièrement et la surveillance doit être au poil !

Jusqu’à cette année, mon protocole de prévention était celui-ci : crème solaire indice 50 waterproof pour enfants CHAQUE JOUR. Ma crème préférée (niveau texture et efficacité, pas forcément niveau composition… et de loin la moins chère [il faut bien comparer les prix au litre : les crèmes vendues en supermarché ne sont pas les moins chères au final !] était la VICHY, version pour enfant car moins liquide et plus tenace je trouve que la version adulte. Le rituel quotidien était donc d’appliquer quasi dès mars/avril et jusqu’à début voire mi-septembre chaque soir la tartine de crème protectrice. Et toutes les semaines ou max toutes les deux semaines, je faisais un nettoyage préventif au Septivon, cela est suffisant si on surveille bien, et permet de ne pas fragiliser la peau.

Mais cette année, j’ai changé ! J’ai décidé de tester la crème solaire de la marque EKIN, que j’avais découverte au salon du cheval de Paris en décembre (vous pouvez lire mon retex produit dans la rubrique « J’aime… ou pas ici »). Septique au début, j’en suis vraiment contente et j’ai abandonné le nettoyage hebdomadaire au Septivon. Je trouve que la peau de Voïda est aussi plus « coriace » du coup.

En plus, j’ai toujours mis une paire de cloches sur les postérieurs car c’est eux qui prennent le plus cher au final, même avec crème solaire [en mode brouting estival, l’arrière semble donc clairement plus exposé !]. Bien évidemment si ce sont les antérieurs qui ont tendance à être touchés, posez les sur ceux-là ! Je préfère prendre une couleur claire pour éviter la surchauffe, en plastique et avec des scratchs pour la facilité pour nettoyer et les enlever. Pour faciliter le quotidien, Voïda les garde H24 (sauf quand je monte) et je n’ai aucun souci de plaies ou de confort pour elle. J’ai choisi une taille en dessous de celles pour les antérieurs, juste pour que cela couvre le paturon sans gêner trop bas.

Il existe aussi des protections de membres en tissu mesh résistant au UV, produit très utilisé aux Etats-Unis et qui a débarqué en France récemment. J’avais envisagé l’achat en 2014 ou 2015 il me semble, au tout début des problèmes car la crème solaire est quand même un gouffre financier supplémentaire… mais plusieurs choses m’ont freinées pour Voïda :

– je n’aimais pas trop l’idée de laisser ça sur Voïda H24 pré + box puisqu’elle se couche toutes les nuits dans le sale, et surtout en cas de pluie, ça fait les membres mouillés

– je n’avais pas envie de surcharger les personnes qui la sortent au pré la journée par 4 protections à rajouter chaque matin et à enlever chaque soir, c’est du temps et si c’est mal posé cela risque de faire plus de mal que de bien.

– le prix était assez important à l’époque puisqu’importé des USA

– si infection il y a [mais normalement il ne devrait pas !], il faut absolument laver les chaussettes pour éviter de propager.

Mais ceci dit, des amies ont testé sur des chevaux au pré jour et nuit l’an dernier et cela s’est révélé très efficace, même si les tailles se révèlent approximatives et parfois un peu grandes. Je pense que lorsqu’on a de vraies grandes balzanes jusqu’au genou, cela peut-être une solution pratique et plus économique que la crème solaire tout en s’astreignant je pense à un nettoyage préventif chaque semaine.

RÉSUMÉ :

En cas de croûtes dues au soleil sur les membres (ce protocole peut être aussi valable pour la gale de boue l’hiver) :

– nettoyer avec un savon doux antiseptique (Septivon ou Cytéal) en faisant bien mousser et laisser poser 20 min en réactivant la mousse régulièrement, frotter doucement sans arracher les croutes

– sécher les zones en prenant soin de ne pas réutiliser le même linge d’une zone à une autre, sinon risque de propagation

– appliquer une crème soignante adaptée à l’ampleur des dégâts : crème antibio pour les atteintes sévères (sur conseil vétérinaire, Predniderm, Dermaflon ou Sulmidol) ou crème soignante et protectrice type aloe vera propolis, Dermosoft pour les petites atteintes, en couche épaisse

– si croûtes, ne pas mettre de crème solaire ni d’argile : cela favorise la propagation et l’argile assèche

– pensez à utiliser des crèmes en tubes de préférence. Si crème en pot, ne pas replonger les doigts souillés dans le pot car cela contaminera la crème : en mettre en un peu à chaque soin dans un autre contenant (avec les doigts propres ou avec une petite spatule) et prendre dans celui-ci.

– en prévention sur peau saine, appliquer de la crème solaire indice 50 waterproof pour humains quotidiennement, de la crème solaire pour chevaux ou protéger avec des protections de membres anti-UV

En cas de croûtes sur le bout de nez ou la tête :

– appliquer une crème soignante telle que Dermosoft ou Cicamer en couche épaisse directement sur les croûtes

– ne pas mettre de crème solaire ni d’argile sur les croûtes cela favorise la propagation et l’argile assèche

– en prévention sur peau saine, appliquer de la crème solaire indice 50 waterproof pour humains quotidiennement ou de la crème solaire pour chevaux et protéger avec un masque disposant d’un prolongement sur le nez.

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