A travers mon regard… une séance de bitfitting

Avoir un matériel adapté pour pratiquer un sport est une évidence. On n’a pas la même paire de « basket » pour courir un 50 m, un marathon, un trail. Il n’y a pas que ça non plus dans le choix de l’équipement, il faut que celui-ci s’adapte correctement : telle marque ou telle forme ne va pas aller à tous. Même pour nous, cavalier, lorsque nous choisissons une paire de bottes ou un casque. Alors pourquoi, pour l’équitation, nous avons tendance à ne pas prendre en compte la spécificité du porteur du matériel qu’est le cheval ? Ils sont pourtant aussi tous différents, d’une race à l’autre, et aussi au sein d’une même race.

Saddlefitting et bitfitting, des métiers pas si nouveaux

On pourrait dire que c’est à la mode, le « bitfitting » ou le « saddlefitting ». Ces mots anglais tous droits arrivés d’ailleurs. Mais c’est très certainement que cela a été plutôt oublié et laissé de côté pendant un certain temps chez nous en France. Parce que les selliers-bourreliers, avant, ils n’étaient pas que des vendeurs de selles : ils étaient créateurs et fabricants, selon les besoins et les morphologies de leurs clients équins. Voilà pourquoi cet équipement coûte cher. Malheureusement, avec une équitation que s’est vue devenir plus populaire ces 20-30 dernières années, le matériel « abordable », voire premier prix, a vu le jour dans les magasins spécialisés. Au final, on achète une selle en l’essayant en magasin, mais sans la poser sur le cheval. Notre popotin est bien ? C’est bon ! Mais non. Ce serait trop simple, alors qu’un cheval, c’est loin d’être la simplicité 🙂

Dans tous les cas, aujourd’hui, en 2022, si on se dit attentif à son cheval, attentif à son bien-être et à son évolution d’athlète, il n’est pas possible de passer à côté de ces notions. En tant que cavalier, on se doit de savoir comment équiper correctement un cheval et pouvoir détecter des éventuelles inadaptations qui vont causer des soucis bien plus importants et surtout plus délocalisé qu’une « marque de harnachement » comme on apprend dans les galops. Et grâce au web et aux réseaux sociaux, plus d’excuses, c’est évidemment plus facile d’y avoir accès !

Il existe donc des selliers (je parle des vrais, ceux qui prennent les mesures, font la selle, etc., pas les commerciaux), des ergonomes équestres (équins ?), des « saddle fitteurs » qui proposent un équipement adapté au dos de notre cheval, et non pas au dos « du » cheval. (Car comme chez l’humain pour les pieds, il n’y a pas un seul dos de cheval pareil.)

Pour le bitfitting, c’est très certainement plus récent, je ne suis pas certaine qu’on s’attachait beaucoup aux mors avant vu la tête de certains engins de torture…

Focus sur le bifitting

Et on en vient au sujet de cet article [j’ai voulu mettre un peu de contexte quand même] il existe des « bitfitters ». J’espère que personne ne dira « des quoi ? » quand même… enfin bon même si vous ne connaissez pas, cet article vous permettra donc de vous coucher en ayant appris un truc de plus. Donc les bitfitters, des mots anglais bit qui signifie mors et to fit veut dire s’adapter, sont chargés d’évaluer la forme de la tête, de la bouche et même de la langue de votre cheval, afin de proposer un équipement filet + mors qui lui convienne parfaitement, qui ne créé pas de tensions, d’inconfort ou de blessures. Tout ceci pouvant en effet mener à des chevaux difficiles aux actions de mains, bougeant la tête, s’encapuchonnant… Et c’est un vrai métier.

Vous le saviez, vous, que la langue était importante dans le choix du mors ? et oui, comme pour tout (LOL) certains chevaux l’ont grosse, longue, courte, menue… et cela va influer sur la forme du mors à choisir. Mais concrètement, qui en dehors d’un bitfitter, d’un véto équin ou d’un dentiste équin peut évaluer la t

aille de la langue d’un cheval ? Le cavalier ? Le coach ? Si vous le saviez, vous avez déjà regardé quelle taille fait la langue de votre cheval en la comparant à d’autres ? Perso, je n’ai jamais attrapé la langue de mes chevaux pour ça… Alors pourquoi ce seraient nous, cavaliers, ou nos coachs, qui choisiraient le mors, le filet qui irait à Nounours des bois ? De mon point de vue, et du vécu, sans bitfitter on ne choisit pas du tout en fonction de critère physiologiques dudit cheval, mais plutôt pour l’allure (pour le filet) et ce qu’il va solutionner (le mors).

Mais il n’y a pas que le mors dans le bitfitting. La forme du filet est aussi extrêmement importante. Et pourtant, sérieusement, sur quoi nous basions-nous jusqu’à récemment ? (je parle au passé car je pense que depuis quelques années, nous évoluons un peu, sur certains points, mais certainement pas sur tous). On se base sur le look, un peu d’ergonomie avec les filets à têtière dite anatomique. Mais finalement, si vous saviez ce qui se cache derrière le mot bitfitting ?

Comment se passe une séance de bitfitting

Je vais vous parler maintenant de ma séance de bitfitting avec la très connue Géraldine Vandevenne. Belge, Géraldine est un peu la papesse du bitfitting, il me semble que c’est elle qui a propagé le métier il y a déjà une bonne dizaine d’années. Aujourd’hui, il est bien plus répandu et il est assez facile de trouver un bitfitter [mais ils ne se valent pas tous]. Les séances, je pense, se passent toutes sur le même principe, quel que soit le professionnel à qui vous faites appel : un essai de plusieurs mors après analyse de la morphologie complète du cheval en statique et monté.

Géraldine commence par prendre note de l’histoire du cheval, ce qu’il fait, comment il est suivi par les professionnels vétérinaire, ostéo, dentiste, son activité, son mode de vie, ses éventuelles pathologies. Elle observe le cheval nu, en statique, puis l’intérieur de sa bouche. Elle va regarder les dents, la forme de la bouche et la taille de la langue.

La seconde partie est évidemment en pratique d’abord avec l’équipement habituel. Elle regarde évoluer le couple puis commence à proposer des éléments : changement de mors et/ou de filet, toute ou partie pour évaluer correctement chaque chose. A chaque essai, le couple reprend son activité. En même temps, Géraldine, sur le bord de la carrière, note ses impressions pour proposer d’autres alternatives en fonction de ce qu’elle observe et de ce que le cavalier ressent. La conversation est très réduite et Géraldine évoque peu ses impressions pendant ce temps-là, il faut l’avouer, c’est assez déroutant ! Mais très certainement fait exprès pour ne pas induire le cavalier. Car si on lui pose des questions, elle y répond volontiers.

Nous étions 3 cette fois-là à être observées par Géraldine Vandevenne, 3 couples complètement différents et les 3 sont repartis avec des produits conseillés différents. C’est d’ailleurs grâce à cette séance groupée que j’ai appris qu’il existait des têtières élastiquées sur les côtés, afin de soulager encore plus les chevaux au niveau de la nuque. Pour autant, ce n’est pas à Voïda qu’elle l’a posé, quand bien même elle m’a dit que ma jument était sensible à ce niveau-là.

Résultat de ma séance de bitfitting

Pour nous, le résultat a été plutôt simple. Je suis contente car Géraldine ne cherche pas du tout à vendre des produits super chers, et l’avantage des produits qu’elle fait tester c’est qu’ils sont vendus dépareillés. Ainsi, on peut simplement acheter une têtière pour l’adapter sur un filet existant si le reste de celui-ci convient.

Pour Voïda, je suis donc repartie avec les conseils de changer de mors pour un mors double brisure avec un passage de langue : le mors double brisure olives MYLER MB04 Level 2 14mm. Voïda ayant une langue assez grosse au final, il est nécessaire de lui laisser de la place. Les muscles de la langue influent sur la décontraction au niveau du poitrail : si le cheval n’est pas détendu au niveau de la langue, ses allures seront étriquées. Et c’est ce que Géraldine a repéré chez nous. Le premier mors double brisure « classique » que j’avais n’était donc pas adapté sur ce point.

Ce mors, le Myler MB04, est aussi très « souple » c’est-à-dire que ses branches bougent dans tous les sens et que l’action à droite n’induit pas d’action sur la partie gauche.

Pour le filet, il faut une têtière très souple. Le reste de mon filet, que j’ai fait faire sur-mesure à mon idée par la créatrice sellière Maiwk’sellier, ne posait pas de problème donc Géraldine m’a dit que je pouvais demander l’adaptation de la têtière pour qu’elle ne porte pas atteinte à la nuque (malgré le petit rembourrage souple en dessous, le cuir est trop épais et trop rigide).

Géraldine envoie la fiche qu’elle a remplie pendant la séance, avec les conseils où trouver quoi notamment. Voici la mienne ci-dessous.

Depuis la séance, j’ai eu du mal à obtenir le mors puisqu’il était en rupture partout [sachant qu’il est vendu sur 3 webstores seulement] donc je n’ai pu tester qu’après 3-4 mois ! Si lors de la première séance en carrière je n’ai pas senti de différence claire, c’est après 3 ou 4 séances que j’ai observé un vrai changement sur l’attitude de la tête. Pour autant, j’avais quand même une jument beaucoup plus déliée, plus souple, plus allante et la symétrie au trot mesurée par mon capteur Equisense remonte petit à petit ! Je n’ai pas encore fait changer la têtière [procrastination quand tu nous tiens…] je le ferai prochainement, certainement que cela apportera encore du confort pour Voïda qui a encore tendance à avoir la tête qui part sur le côté extérieur en ligne droite en carrière.

En conclusion, mon avis sur le bitfitting

Je préconise vraiment de faire appel à un professionnel pour vérifier et ajuster correctement le matériel, car ni un magasin qui ne connait pas le cheval, ni nous en tant que cavalier, ni au final un moniteur (sauf s’il est formé) ne pouvons juger de ce qui convient ou pas. J’avais tenté de changer par moi-même en lisant à droite et à gauche les bénéfices et actions des mors, mais en n’ayant pas d’analyse de la bouche, je me trompais clairement… J’avais l’impression que le mors droit Beris pour lequel j’avais opté après essai était mieux que mon mors classique doule brisure, certes il devait moins lui rentrer dans le palais, mais au final il n’était pas non plus adapté et ma jument se retenait. Et aujourd’hui, elle n’est pas moins gérable, elle se pose beaucoup mieux au contact.

Il faut par contre bien choisir son pro du bitfitting et surtout ne pas hésiter à poser des questions, à tout moment : premièrement cela permet d’en apprendre plus, mais surtout, cela vous permettra d’évaluer les conseils que donne ce pro. Rien de pire qu’un pro qui n’explique pas quand on pose une question, et vous avez le droit (même le devoir ?) de comprendre ce qu’on vous propose pour votre équidé.

Mon shopping

– Séance de bitfitting avec Géraldine Vandevenne, prix à demander suivant localisation et nombre de personnes www.equibitfit.com (80€ la séance hors frais de déplacement, compter entre 100 et 120€ à l’heure où j’écris l’article)

– Mors Myler MBO4 Olives level 2, entre 100 et 120€ selon les sites qui le proposent (hors frais de port), site fabricant ici

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