Emotion, quand tu nous tiens trop !

Dimanche 26 mars, j’ai suivi mon premier cours avec Elaine Wagner, coach en relationnel humain-cheval. Exercice prévu pour Voïda : monter dans le van seule. Retour sur cette expérience riche en émotions !

J’ai eu connaissance du travail d’Elaine après qu’elle soit venue dans mon écurie il y a quelques mois donner un cours à une autre cavalière. Ayant déjà fait un stage très constructif avec son homologue et collègue Marie Madec, actuellement en congé d’un heureux évènement, j’ai sauté sur l’occasion. L’avantage de travailler avec un coach comme Elaine ou Marie, c’est se laisser regarder et observer en tant que couple humain-cheval, mais surtout en tant qu’humain. Vu que le cheval réagit à nos demandes (et parfois non-demandes !), ce regard extérieur nous aide à mieux comprendre nos interactions et à gérer nos émotions.

Après avoir rapidement fait connaissance, Elaine me demande ce que je veux faire, quels sont mes objectifs. Je n’ai pas (plus…) de problèmes pour faire monter Voïda dans le van et j’aimerai maintenant qu’elle y monte seule afin de pouvoir être parfaitement autonome. Elaine me donne d’emblée son point de vue : si elle pratique « l’envoyer » avec un van 2 places, elle ne le fait pas avec un van 1,5 place. Et oui, « envoyer » un cheval dans un van 1,5 place comporte le risque que le cheval se retourne. Et moi la flippée de tout, je n’y avais même pas pensé ! A peine 2 minutes d’échanges et mon objectif semble anéanti… Mais ouf, Elaine me propose sa solution sécurité : prendre une grande longe pour monter le cheval, afin de pouvoir sortir et atteindre l’arrière du van tout en gardant un contact avec lui, vers l’avant. Tout cela me parait bien compliqué [aïe… serait-ce une once de découragement que nous voyons là ?!] mais effectivement plus sécurisant [mon sang n’a fait qu’un tour quand elle m’a parlé du demi-tour intérieur !!!)

Prendre conscience de nos points de blocage

En premier lieu, je lui montre comment Voïda monte et descend du van afin qu’elle évalue la chose. Pas de souci réel pour monter, mais pour descendre en reculant, là c’est une autre histoire ! Je stresse qu’elle mette un pied à côté et qu’elle se fasse mal. Elaine l’a bien vu : j’arrête de respirer ! Premier exercice pour moi [en réalité tous les exercices, sauf le dernier, seront pour moi !] : compter le nombre de respirations que je fais pendant l’action. Pas facile de « penser » à respirer et de compter, tout en demandant des choses à son cheval, mais cela fait prendre conscience des blocages que nous pouvons avoir, et qui se répercutent ensuite sur le cheval. Un stress du cavalier va en effet accélérer son rythme cardiaque, brouiller ses réflexions et donc induire la déconnection du cheval. Au contraire, si nous sommes calmes, le cheval sera calme et nous pourrons ensemble amener la réflexion et la compréhension dans un exercice quel qu’il soit (passer devant quelque chose qui fait peur ou l’apprentissage d’un exercice de dressage ou entrer sur un parcours d’obstacle). Ce n’est cependant pas donné à tout le monde de conserver une émotion identique, de garder sa zénitude et sa réflexion positive lorsque l’inquiétude ou l’agacement monte. C’est un peu « plus vite on passera ce truc inquiétant, plus vite on sera soulagé… tous les deux » alors on transmet à notre cheval qui précipite, alors qu’il faut faire en sorte de réaliser sereinement ce passage inquiétant.

Instaurer des « contrats » de sérénité

Deuxième phase : rentrer dans le van avec la barre de poitrail (que j’enlève habituellement pour ne pas me gêner), rester dans le van plusieurs minutes tout en n’ayant pas la barre de cul pour empêcher la sortie. Le but est d’instaurer un « contrat » : Voïda a le droit de bouger, de reculer un pied mais si elle recule, elle doit aussitôt avancer grâce à l’ordre indiqué par la tension naturelle sur la longe juste tenue dans la main ou en appui sur la barre. Je suis bluffée [et convaincue… ]: Voïda reste là avec Elaine, sans rien dire, calme. A chaque pas en arrière, elle sent la minuscule tension qui lui indique de revenir et elle le fait sans heurt. En fin de séance nous avons aussi travaillé de la même façon sur la réaction que Voïda doit avoir quand la barre de cul la touchera [oui un peu de boulot pour elle aussi !]. Doucement, on instaure un nouveau « contrat » : si la barre la touche, elle doit apprendre à avancer calmement, et non pas à avoir un mouvement de recul de type fuite. Pour cela, Elaine travaille d’abord avec les mains, puis le stick étho qu’elle appuie sur ses cuisses, sur l’arrière et qu’elle pose enfin en travers comme la barre, avant d’utiliser la barre elle-même sans l’enclencher.

Identifier ses émotions pour mieux les gérer

Autre technique qu’Elaine m’a apprise : auto-évaluer son degré de sérénité. Sur une échelle de 0 à 10, je donne un chiffre qui indique si je suis bien ou tendue. L’objectif est de faire descendre ce chiffre avant de passer à l’étape suivante. Plusieurs possibilités pour y parvenir : ressentir ses pieds sur le sol, sa main sur la longe, parler à son cheval, parler à une tierce personne, penser à ses prochaines vacances… mais attention, il faut quand même toujours rester connecté sur terre et avec son cheval ! Ce type de technique est applicable à chaque objectif ou exercice de travail, monté ou à pieds : en prenant le temps d’évaluer nos degrés d’anxiété, on comprend à quel moment cela monte et pourquoi [et parfois… y’a pas de raison en fait !], puis comment le faire redescendre à un degré acceptable. Cela peut être avec l’aide de quelqu’un qui va nous rassurer par exemple, en nous disant « Tu vois, elle est calme. Tu avais peur qu’elle bouge mais là tu as la preuve qu’elle ne fait rien. Sois rassurée. »

Grâce au « contrat » que nous avons mis en place, j’apprends à descendre mon degré de stress en voyant Voïda rester complètement zen et répondre à mes indications. La tension descendue, on passe à l’étape suivante : je me glisse de l’autre côté de la barre de poitrail, mon stress remonte, on attend encore un peu, toujours dans le contrat. Doucement je sors sur le pont avant, jusqu’à me placer sur le côté hors du champ de vision de Voïda et poursuivre mon chemin jusqu’au bout du van pour la toucher et la rassurer [me rassurer ?!?].

A la fin de la séance, je sais que l’inquiétude vient bien seulement de moi, que Voïda, elle , ne se pose pas vraiment de questions tant que je suis bien ! Je dois donc travailler sur moi pour solutionner nos « problèmes ». Elaine me rassure aussi en me disant que Voïda est une jument fine et à l’écoute, il suffit d’une micro-indication pour qu’elle réponde immédiatement et avec souplesse. Dans l’autre sens, elle est aussi sensible et se déconnecte facilement [ou est-ce moi qui la déconnecte en fait ?], je dois mieux l’accompagner pour qu’elle ne « sorte pas de son corps ». A moi donc de lui garder les pieds sur terre…

Merci à Carine Schmidlin pour ses photos de notre séance 🙂

Laisser un commentaire