Cet article part de la super infographie d’Equimetric qui évoque les observables du cheval stressé. Il est important de savoir observer les chevaux et d’analyser les comportements, savoir quels comportements sont normaux et quels comportements annoncent un souci ou un mal-être. Je vous partage mon expérience à ce sujet.
L’infographie d’Equimetric parle d’elle-même : il suffit de prendre la roue, lire les observables et les reconnaitre sur les chevaux. En fonction, on va pouvoir déterminer la zone de stress, de vert à rouge.

Il est très important de savoir reconnaître les signes d’inconfort du cheval. Ces signes sont générés par un certain stress. Comme l’explique Equimetric, il est normal qu’au début de l’apprentissage, le cheval montre des signes de stress (avoir un cavalier sur le dos n’est pas naturel ni confortable) mais ceux-ci doivent être au minimum et les paliers se passer progressivement. Avec un cheval « dans le rouge » (et même dans le orange), on n’arrive pas à grand-chose et surtout on créée une situation déplaisante qui risque d’augmenter. Le cheval deviendra de plus en plus difficile, le cavalier usera de plus en plus de force, de coercition (accessoires type rênes allemandes, éperons, cravache) pour obtenir ce qu’il souhaite. Soit ça « fonctionne » et le cheval plie sous les coups, soit il va se rebeller de plus belle et deviendra clairement dangereux.
Malheureusement, en 2023, on assiste encore à des situations qui ne devraient plus exister, à une « maltraitance banalisée ». Parce que « on a toujours fait comme ça ». De plus en plus de publications sur les réseaux sociaux permettent, grâce à des infographies notamment, d’habituer son œil à détecter ce qui ne va pas, et aussi ce qui va.
Sale caractère ou vrai mal-être ?
Pour revenir aux observables de stress, un cheval n’est pas forcément constamment vert ou constamment rouge, et surtout rien à voir avec un caractère de cochon ! Non, un cheval qui refuse les obstacles, de trotter, qui tire, qui fonce, qui se cabre n’est pas un cheval « avec du caractère », c’est un cheval qui n’est pas bien dans ses baskets, qui a mal ou qui ne comprend pas ce qu’on lui demande, parce qu’il est peut-être trop jeune ou parce que ce n’est pas bien demandé.
Je parle de ce que j’ai vécu, parce que c’est ce que je connais le mieux ! J’ai eu Voïda 100% vert à 4 ans, une jument jeune, à peine débourrée et pourtant super calme dans sa tête, super à l’écoute, réactive, zen. En carrière avec la coach, super mignonne. Ma seule problématique était de partir en balade seule, elle refusait catégoriquement. Je n’ai compris qu’un peu plus tard, avec l’aide d’autres coach spécifiques, que c’était parce que je n’avais pas confiance en moi et qu’elle était tellement connectée à moi qui flippait, qu’elle flippait. Pourquoi aller à un endroit qui fait flipper ma cavalière ? Logique. Cependant, le niveau de stress restait plutôt bas, avec un seul observable rouge : le fait qu’elle n’avançait pas une cacahuète. Le reste était de l’observable orange clair à foncé : tête plus ou moins relevée, sourd aux aides (avance d’un pas éventuellement, puis recule). Les oreilles n’ont jamais été couchées mais je pense que les naseaux et les yeux étaient quelque peut ronds et tendus. Voïda faisait mine de repartir en sens inverse mais je réussissais à la canaliser quand même dans le bon sens. Je descendais et on avançait à pieds, sans souci. Accompagnées, nous n’avions aucun problème ! (hormis celui d’aller devant le comparse, mais bon…) Elle n’avait donc pas de souci locomoteur puisqu’en carrière tout allait bien et accompagnée aussi. Mais seules, nous étions dans un niveau de stress non tolérable pour elle. Et ce n’était pas en forçant que j’allais résoudre le problème.
Comment j’ai résolu mon problème ?
Je me suis faite accompagnée pour comprendre justement ce qui n’allait pas, dans mes attitudes et mon approche. On a repris des bases : balades à pieds, pour habituer la jument à avoir confiance en moi et à ce que je sois aussi son leader. D’abord à pieds, puis plus on travaillait, plus je devais lui donner le lead (passer devant moi). On alternait : d’abord à pieds, je montais un peu, si cela coinçait je descendais, et je pouvais remonter plus tard. Cela ne servait à rien de se battre si elle bloquait vraiment. Le cœur s’emballe, c’est pas possible et on risque le pétage de plomb d’un coup ! Descendre permet de faire redescendre la pression pour tout le monde. [et ne me dites pas « oui mais j’ai un grand cheval… : Voïda fait 1m71 au garrot, donc question montoir d’appoint, repère de zones à montoir ou retour au bercail 100% à pieds, je m’y connais !] Il est donc très important de faire redescendre la jauge de stress pour pouvoir avancer correctement.
Nouvelle déconvenue : on passe dans le rouge
Et puis, en 2018, après 5 ans, je l’ai eue en version 100% rouge. Et là, c’est flippant. A 8 ans, lorsque j’ai stoppé ses compléments aloe vera (pour les ulcères) et equilibrium (pour les chaleurs), elle est devenue complètement rétive pour trotter. Et pour le coup, un jour, en carrière, elle s’est cabrée très fort [je me demande encore comment j’ai fait pour rester dessus !]. J’avais forcé, forcé, usé du stick et elle m’a répondu un gros MER** ! En longe, j’y avais aussi droit. Cela devenait très dangereux et évidemment je savais que quelque chose n’allait pas.
J’ai consulté la véto, un sellier, une shiatsu… les deux derniers, franchement, à jeter ! Je parle des gens et pas du métier évidemment. Quand on te dit soit que ta jument, il faut juste lui apprendre à répondre à tes aides et être (un peu) « plus convaincante » (i.e. user de la cravache), ou l’autre que si elle n’arrive pas en 3 séances à changer la donne, c’est que c’est peine perdue [ouep, c’est plutôt mon porte-monnaie qui a perdu].
Enfin la véto, au bout de quelques temps d’attente après la reprise des compléments quand même mais sans réel succès, m’a envoyée faire des examens au CIRALE. Radios de partout, bilan : rien de physique. La véto de là-bas me dit qu’a priori Voïda a mal au ventre et aux ovaires, et comme je lui donnais des compléments depuis plusieurs années et sa jeunesse, cette douleur était plutôt inconnue pour elle. Et son mental d’hyperesthésique (hypersensibilité) a fait exploser la machine !
Il était insupportable pour elle de se mouvoir au trot en carrière, trop inconfortable sur plein de facteurs. Donc absolument rien à voir avec des coups de cravaches et de talons (d’ailleurs, je l’ai faite monter par d’autres pour voir, c’était pareil). Concernant les séances de shiatsu, c’est juste que ce n’était pas la bonne personne car j’approuve totalement cette technique de soins.
Alors il a fallu du temps pour retrouver ma jument, et c’est aussi passé par les cours avec une pro orientée couple cavalier-cheval et méthode médecine chinoise (les éléments chinois) pour chacune dépasser notre appréhension et que je puisse lui faire passer cette mémoire de la douleur. Et quand je dis du temps, c’est plusieurs années ! J’ai repris complètement les bases, avec beaucoup de séances de pas et de la sophrologie, avant de reprendre les essais de trot sereinement. Aujourd’hui, je n’ai plus d’observables rouges, et quasi plus d’observables orangés. Au trot en longe en tout cas cela se passe beaucoup mieux. Monté en carrière, on avait [puisque je ne monte plus depuis février] encore quelques légères réticences de temps en temps et pertes de rythme, mais beaucoup moins répandues. Je n’ai plus du tout de cabré.
En conclusion
Quoi que l’on dise, il est primordial d’écouter son cheval (ou même celui de club, il n’y a pas de raison) et de comprendre ce qu’il essaye de nous transmettre. Il n’y a ni anthropomorphisme, ni chichitage à se dire que le cheval n’est pas confort, qu’il y a quelque chose qui cloche au-delà d’un simple « il a sale caractère aujourd’hui » [ou même d’habitude] ou « il est mou, réveille-le avec un coup de cravache ». La différence entre un bon et un mauvais cavalier ? Le mauvais ne se posera pas de question et n’aura pas d’état d’âme à forcer, le bon essayera et n’insistera pas, il mettra pied à terre pour comprendre ce qui ne va pas et observera son cheval sous toutes les coutures.
Bon, je mets un bémol quand même : s’il faut impérativement croire en soi (personne ne connait mieux son cheval que soit même), certains chevaux on une grande mémoire de la douleur et anticipe celle-ci quand bien même ils n’ont plus mal [j’en connais une… !] et dans ce cas, il va falloir quand même un petit peu forcer la chose, à condition d’avoir exclu tout problème ! et quand je dis forcer, ce n’est pas non plus foncer dans le tas.
